Le pardon n’est jamais inconditionnel !

Ecrit par: Dr. Farida BOUFTASS, Ph.D, M.Sc.

Quand on a été sujet à une violence physique ou psychique, cela peut prendre des mesures extrêmes comme : l’injustice, le crime, ou tout simplement une blessure ou une déception de la part quelqu’un de proche. Le pardon est parfois difficile. Toutes les religions et philosophies qualifient le pardon comme l’une des meilleures vertus. Cela fait de nous des humains ! Mais, pourquoi Est-ce si difficile ? On a tous entendu la phrase suivante : j’ai pardonné, mais je n’oublie pas ! Est-ce que cela signifie que l’on garde une rancune ? La psychobiologie évolutive dit que c’est humain !

Le pardon est émotionnellement difficile parce que l’évolution nous a munie d’une motivation psychologique pour éviter d’être exploité ou agressé par les autres, le moyen le plus simple d’arrêter l’exploitation ou l’agression est soit de se venger, soit de tout simplement d’éviter l’exploitant ou l’agresseur.

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Mais au cas où l’évitement est impossible, la nature nous a dotés d’un mécanisme que les chercheurs appellent : la réciprocité négative. La réciprocité négative ouvre une parenthèse pour laisser au pardon de prendre place. Cette stratégie a évolué pour restaurer l’équilibre relationnel qui a été perturbé. Le fait que nous formons des organismes sociaux. Des organismes qui sont extrêmement vulnérables à l’exploitation et l’injustice ; mais les relations intra-organismes sociaux sont également fortement dépendantes des coopérations positives ; d’où l’importance capitale de la réciprocité négative, qui permet la pérennité des coopérations et le maintien des relations de coopérations.

La réciprocité négative est une excellente stratégie de la résolution des conflits. Elle se base sur deux axes : la proportionnalité et le pardon.

La proportionnalité intervient lorsqu’une punition est prononcée. La punition exprime que votre colère est tellement forte que vous ne permettrez plus jamais que vous soyez de nouveau exploité. C’est un message clair à l’exploitant. Une punition minime pour un dommage important, tend à envoyer un message : Tu peux m’exploiter de nouveau. Alors qu’une punition forte envoie un message plus poignant : Tu ne m’exploiteras plus jamais! Mais, un état de méfiance est installé. Face à l’exploitant, des sentiments mitigés sont ressentis, d’une part on veut bien continuer la coopération, mais en même temps on reste sur ses gardes.

Le pardon est le second axe de la réciprocité négative, Jeni Brunette et al. (2012) ont démontré que le pardon est une stratégie de réparation des relations endommagées. Selon eux, le pardon n’est jamais inconditionnel, mais tout au contraire il a des conditions spécifiques :

  1. La valeur de la relation entretenue avec l’exploitant
  2. La probabilité que l’exploitant nous refasse mal dans le futur est faible.

La combinaison de ces deux éléments détermine si les individus ou les groupes peuvent pardonner les transgressions. Le pardon tend dans ce cas à être le fruit de la réconciliation, au lieu d’en être le déclencheur.

Référence:

Brunette JL, McCullough ME, VanTongeren, Davis. (2012). Forgiveness results from integrating information about relationship value and exploitation risk. Personality and social psychology bulletin. March, (38)3. Photo-credit: uncyclopedia.wikia.com.

 

 

 

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