Pourquoi le fait d’arrêter la cigarette peut-il rendre triste?

Ecrit par : Dr. Farida BOUFTASS, Ph.D, M.Sc.

 

Les non-fumeurs adorent utiliser certaines phrases, quand ils essaient de persuader quelqu’un de cher d’abandonner la cigarette : «Il faut arrêter de fumer, c’est mauvais pour la santé et puis quand on veut, on peut ! ». Moi-même, quand j’étais plus jeune, je ne jurais que par le pouvoir de la volonté, et suivant un raisonnement fort juvénile et mignon ; je considérais les fumeurs comme des personnes qui n’ont pas envie d’arrêter de fumer.

Comme j’ai toujours été mordue de sport, cela me rendait encore plus perplexe de voir des gens inspirer de la fumée au lieu d’air frais… Ah ! Comme c’est merveilleux de prendre de l’âge, la vie est un magnifique laboratoire pour vérifier nos hypothèses d’adolescents et de jeunes adultes, n’est ce pas ?

Mon hypothèse d’adolescente s’avéra, en partie, fausse. Puisqu’en passant à l’âge adulte, je remarquai que la majorité des fumeurs « adultes » que je connaisse désirent, plus que tout, d’arrêter une fois pour toute de fumer ! C’est plus fort qu’eux, la volonté d’abandonner la cigarette est bien là, mais c’est difficile…

On a tous entendu parler des effets de la nicotine. Mais, une équipe de chercheurs menée par Dr. Jeffrey Meyer, du centre de toxicomanie et de santé mentale (Ontario-Candada) vient de mettre la lumière sur un point fort intéressant. Les gros fumeurs peuvent éprouver une tristesse après l’arrêt de la cigarette. Cette tristesse est due à l’augmentation d’une enzyme dans le cerveau: La Monoamine Oxidase A (MAO-A).

L’équipe de chercheurs a découvert que la MAO-A, chez les gros fumeurs, augmentait de 25% après 8 heures d’abandon de la cigarette, par rapport à un groupe de personnes non-fumeuses. Pour cette étude, ils ont recruté des individus qui fument jusqu’à 25 cigarettes par jour. Après arrêt de la cigarette, les personnes qui ont eu la plus grande augmentation de la MAO-A ont également éprouvé une grande tristesse. Des études antérieures avaient prouvé la baisse du taux des MAOs jusqu’à 30 à 40% dans le cerveau des fumeurs par rapports aux non fumeurs. Mais, selon le Dr. Meyer, c’est la première fois qu’on étudie l’activité de la MAO-A après arrêt de la cigarette.

Pour comprendre brièvement comment La MAO-A agit sur l’humeur, retenons qu’elle inhibe l’action des certains neurotransmetteurs tels que la sérotonine (responsable du bonheur) et de la dopamine (responsable de l’anticipation). La combinaison de ces neurotransmetteurs, entre autres, régulent l’émotion. D’ailleurs, beaucoup d’antidépresseurs agissent en inhibant l’activité de la MAO-A.

Mais, comment expliquer cette élévation chez les gros fumeurs ?

La fumée de la cigarette contient une substance, appelée «Harman ». Les chercheurs ont noté que quand une personne fume, Harman entre dans le système et va s’attacher à la MAO-A et inhiber son action. Mais, si on s’abstient de fumer, le niveau de la MAO-A peut augmenter rapidement dans le cerveau par rapport aux niveaux sains, ce qui fait que chez les habitués le cycle « baisse de l’humeur/élévation de l’humeur » se perpétue demandant ainsi plus de cigarettes.

Cette étude ouvre de nouveaux horizons pour faciliter l’arrêt de la cigarette et protéger ainsi les fumeurs de la tristesse, qui pourrait les guetter. Dr. Meyer propose d’améliorer les filtres des cigarettes qui pourraient retenir « Harman » ou contrôler le niveau de « tryptophane » contenu dans les cigarettes ; puisqu’une fois brulé, le « tryptophane » devient « Harman » (pour mes amis biochimistes, ça se fait par une décarboxylation du tryptophane qui donne des Harman alkaloïdes).

A mon avis, une sensibilisation des jeunes s’impose! Sensibilisons aussi les parents de ne jamais fumer devant leurs enfants ou leurs conjoints, qui deviennent fumeurs passifs sans l’avoir choisi. Les enfants apprennent par l’exemple. Je n’oublierais jamais que toute petite, une amie m’a dit : « quand je serais grande, je fumerais comme mon père ». Je lui disais que c’était mauvais, elle m’avait répondu : « Non ! Ce n’est pas mauvais, puisque mon père le fait… ». Mais, ceci dit, ne soyons jamais dans le jugement ! Ayons de la compassion pour ces personnes qui ont du mal à s’arrêter de fumer…

 

 

Référence :

Bacher, S. Houle, X. Xu, L. Zawertailo, A. Soliman, A. A. Wilson, P. Selby, T. P. George, J. Sacher, L. Miler, S. J. Kish, P. Rusjan, J. H. Meyer. Monoamine Oxidase A Binding in the Prefrontal and Anterior Cingulate Cortices During Acute Withdrawal From Heavy Cigarette Smoking. Archives of General Psychiatry, 2011; 68 (8): 817 DOI: 10.1001/archgenpsychiatry.2011.82

 

 

 

 

 

 

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